Journal

4 août. Aujourd’hui est le premier jour de mon journal. Peut-être qu’il me fera me sentir mieux.

Je commence à fatiguer. Je n’en peux plus d’avoir à réfléchir à propos de Benoit. Comment un ami si fidèle peut-il devenir un ennemi en si peu de temps ?

Pour l’instant j’ai pas vu d’intrusion en particulier de sa part, il y a juste des bots qui spamment des IP au pif sur des ports au pif sur les serveurs.

Je sais qu’il a des connaissances. Bon. On a les logiciels pour, ça passe.

Je voudrais rentrer dans sa tête et savoir ce qu’il pense et ce qu’il va faire. Ça me dévore.

Je n’ai pas envie de devoir dérouler la procédure encore plus.

Je le ferai si je n’ai pas le choix.

Bref. Je vais aller prendre mes somnifères et dormir. Moi, souhaite-toi bonne nuit.

5 août. Pas mieux qu’hier.

J’ai dormi 4 heures. Quand je m’endormais, je l’ai vu dans l’encadrement de la porte. Je savais que c’était faux alors je me suis rendormi.

Il n’y a rien de pire que ça : quelque chose d’extérieur, que tu ne peux pas contrôler, veut te nuire d’une façon ou d’une autre mais tu ne sais pas comment.

Je n’arriverai pas à convaincre quiconque d’organiser quoi que ce soit contre lui tant qu’il n’a rien fait de mal. J’évite d’avoir des contacts avec lui.

En somme, je suis confus, mais déterminé à savoir ce qu’il pense. Les données de télémétrie ne disent pas grand-chose d’ailleurs.

Je hais la psychologie mais je vais peut-être devoir m’en servir.

6 août. Je n’ai pas le temps. Je cours partout, et en particulier dans ma tête.

Je cours aussi entre la salle de contrôle et mon bureau. À chaque bip informatique, je sursaute. Je tourne au café. Je compte en demi-litres maintenant.

Tout va bien. Je suis alerte, je parle, j’ai une mémoire à très court terme.

Tout s’annonce bien, hein ?

J’adore les blagues. Je me dis que si je dois être écrasé sous le poids de mon propre travail, c’est peut-être ce qu’il doit arriver. C’est ça, la vie qu’on nous vend. Magnifique.

J’essaierai de compléter ce journal tous les jours, mais je n’y arriverai peut-être pas. Je pense que c’est toujours une bonne idée de s’imposer des choses à soi-même mais je ne sais pas si je trouverai le temps. Je suis toute la journée au bureau, et on m’appelle 3 fois par nuit, pour rien d’ailleurs. Bref, à dans pas longtemps.